Revenir en haut
Aller en bas


 

- this is bruised. (sara) -

CIAO VECCHIO :: Naples, Italie :: Bord de la Tyrrhénienne :: Posillipo :: Résidences
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Elena ManzoniLa jeunesse dorée et éclatante
avatar
Voir le profil de l'utilisateur http://ciao-vecchio.forumactif.com/t1790-jirai-cracher-sur-vos-t http://ciao-vecchio.forumactif.com/t1920-the-sound-of-silence-elena
ID : .uninvited, jess’.
Faceclaim : n. dyer @freesia (ava) & @perséphone (signa).
Multi-comptes : tullia romanelli (a. bergès-frisbey).
Messages : 156 - Points : 430
Âge : à peine dix-huit rêves sacrifiés.
Métier : étudiante en droit.
Sujet: this is bruised. (sara) ( le Sam 10 Fév - 13:28 )
this is bruised, this is meSARA & ELENA


Elena commençait à en avoir assez de ces non-dits. De ces secrets. C’était pareil à un poison qui coulait dans ses veines, la brûlant. L’asphyxiant. C’était une mort lente et douloureuse. Elena savait parfaitement qu’elle était en partie responsable de sa propre situation, de son propre malheur. À ne pas adresser la parole à sa tante, à ne lui répondre que par monosyllabes entrecoupées de regards dédaigneux, la jeune fille avait fini par tout simplement se barricader derrière un haut mur de pierres infranchissable par le reste du monde. Et cette solitude lui pesait de plus en plus. Il lui était de plus en plus compliqué de vivre avec ce trou béant au fond de sa poitrine. Elena aurait aimé pouvoir hurler, crier jusqu’à ce que sa voix se brise enfin. Jusqu’à ce que la douleur finisse par s’en aller enfin. Mais il restait cette boule au fond de sa gorge, il restait comme cette main qui lui enserrait le cou jusqu’à l’étouffement. Trop de questions tournaient à l’intérieur de sa tête, c’était pareil à un Carrousel qui s’était emballé. Et la musique l’assourdissait, et le monde disparaissait. Et la Terre tournait bien trop violemment, laissant un goût acide de vomis dans sa bouche. Comment la brunette pouvait-elle arrêter tout ça ? Comment pouvait-elle stopper le terrible tourbillon qui l’emportait loin d’elle-même, de tout ce qu’elle connaissait ? Elena savait. Elle savait parfaitement comment elle pouvait mettre fin à tout ce tourment. Ça n’arrangerait rien à sa vie, ou pas totalement, mais elle savait que ça l’aiderait. Au moins un peu. Et tandis qu’elle continuait de fixer le plafond de sa chambre trop sombre et trop silencieuse, la jeune fille se demanda si c’était véritablement le bon moment pour ça. Si c’était ce dont elle avait besoin. Ce dont elles avaient besoin. Une petite voix dans le creux de sa tête continuait de lui répéter que c’était ce qu’il fallait faire, que c’était la meilleure chose à faire pour sa tante et elle ; son cœur se serrait toujours autant dans sa poitrine à la seule pensée de devoir formuler ses pensées, ses sentiments, tout ce qu’elle renfermait à double tour au creux de son être.

Alors elle hésitait. Elena hésita un long moment avant de se redresser, l’air déterminé. Ce n’était peut-être qu’un air qui ne tromperait personne, surtout pas elle-même, mais c’était assez pour lui donner un semblant de courage. C’était tout ce dont elle avait besoin pour oser aller parler à sa tante : faire semblant d’être courageuse, juste pour cinq minutes. Juste assez pour être capable de sortir de sa chambre et d’aller trouver des réponses à ses questions. Et si Sara refusait de me répondre ? Pendant un court instant, elle sentit la colère l’envahir. Sa tante ne pouvait pas refuser de lui répondre. Pas alors qu’elle en avait tant besoin. Pas alors que ça la bouffait de l’intérieur. La brunette souffla bruyamment avant de se glisser dans le couloir sur la pointe des pieds. Le son bas de la télévision lui apprit que sa tante était toujours debout. Elle se mordit la lèvre, descendit silencieusement comme si elle voulait se donner une chance de s’échapper avant d’être vue par Sara. « Tata ? lâcha-t-elle, les mains déjà glacées d’angoisse. » Ce furent les animaux qui posèrent leur regard sur Elena en premier et, d’une certaine manière, cela la rassura un peu. C’était probablement idiot mais cela lui fit un bien fou et elle s’autorisa même un léger sourire. « Est-ce que ça t’embête si je te pose des questions ? Sur Papa. » Sur tout ce qu’il s’était passé pour que sa famille implose. Pour que tout parte à vau-l’eau. « Sur Papa et sur Maman. J’ai besoin de comprendre. » Parce que plus rien n’avait de sens dans sa tête. Parce que plus rien ne lui semblait réel. Et Elena ne parvenait pas à comprendre pourquoi son existence ressemblait tout à coup à un film de science-fiction depuis que sa mère l’avait abandonnée comme si elle n’avait jamais compté.




te parler du bon temps qu’est mort et je m’en fous, te dire que les méchants c’est pas nous, que si moi je suis barge ce n’est que de tes yeux car ils ont l’avantage d’être deux.
Revenir en haut Aller en bas
Sara ManzoniLe vin est un puissant lubrifiant social
avatar
Voir le profil de l'utilisateur http://ciao-vecchio.forumactif.com/t1752-sara-o-all-that-you-can http://ciao-vecchio.forumactif.com/t1763-sara-o-all-that-you-can-t-leave-behind
ID : illy, liz.
Faceclaim : s. bush (schizophrenic)
Messages : 167 - Points : 161

Âge : trente-quatre ans.
Métier : propriétaire et gérante du refuge pour animaux de la ville (un'altra chance) et agent immobilier indépendant.
Sujet: Re: this is bruised. (sara) ( le Mer 14 Fév - 22:07 )
this is bruised, this is meSARA & ELENA


Comme chaque année depuis les événements qui avaient fait basculer toute son existence, cette date précise rendait la brunette des plus maussades. Un dessinateur de BD aurait sans doute créé un imposant nuage noir au-dessus de sa tête et l’aurait fait se mouvoir avec elle au fil de la journée : représentant officiel de son humeur sombre et triste, signe d’avertissement bien visible à l’attention de toutes les personnes qui prévoyaient de l’aborder. Bien sûr, Sara n’avait rien laissé voir aux employés et bénévoles du refuge, et pour cause : elle n’en attendait pas moins d’eux s’ils devaient faire face à des problèmes personnels. Sa porte était toujours ouverte en cas de besoin et ils le savaient. Mais cela ne signifiait pas qu’ils pouvaient se montrer désagréables avec leurs collègues ou les potentiels adoptants qui passaient le pas de leur porte. En tant que gérante, il était du devoir de Sara de montrer l’exemple. Raison pour laquelle elle était arrivée ce matin affublée du même sourire avenant que d’habitude…

Et raison pour laquelle ce soir, alors qu’elle prenait enfin de le temps de se poser, elle laissa tomber le masque. Après un repas aussi silencieux que succinct, sa nièce était retournée dans sa chambre. Sara était persuadée qu’elle ne la reverrait pas avant le lendemain – et encore. Depuis leur courte discussion nocturne dans la cuisine, qui remontait à un bon paquet de semaines, les choses n’avaient pratiquement pas changé entre elles. Elena se montrait toujours distante et peu encline à desserrer les lèvres. Parfois, un petit rictus presque timide apparaissait sur son visage. Elle arrivait à souffler des mots simples tels que « Bonjour », « Merci » ou encore « A demain » sans aucun semblant de rancœur dans la voix. Quand elle était à deux doigts de baisser les bras, sa tante essayait de voir le bon côté des choses : l’attitude d’Elena n’était certes pas encore idéale, mais au moins, elle ne se montrait pas aussi fermée et en colère que lors de son arrivée à Naples. Et puis, Elena se servait toujours de la petite boîte, et désormais, son quotidien était rythmé par ses cours à l’université. Sara ne pouvait que constater avec bonheur et soulagement qu’elle avait peu à peu repris goût à la vie. Seule subsistait l’épaisse glace entre les deux femmes. Une glace qui fondait certes lentement, mais sûrement. Et c’était tout ce qui comptait, non ?

La télé fonctionnait presque en sourdine. Sara se concentrait à peine sur les images qui défilaient devant ses yeux, ses pensées toutes tournées vers Enzo. Car aujourd’hui, son frère aîné fêtait ses quarante ans. Une étape importante dans une vie… La brunette ne put s’empêcher de se demander si ce changement de décennie l’avait amené à réfléchir. S’était-il repenti de ses actes et se contentait-il de purger sa peine sans faire de vagues, impatient à l’idée de sortir pour se racheter auprès de sa famille ? Ou bien était-ce carrément le contraire ? Prévoyait-il de replonger dès sa libération ? A quoi pensait-il là, maintenant, alors qu’il passait cet anniversaire si spécial derrière les barreaux d’une cellule grise et froide ? Réalisait-il que malgré les années, il continuait à hanter toutes les pensées de sa sœur ? Comme pour empêcher les émotions négatives de la submerger davantage, Sara serra un peu plus Shadow contre sa poitrine. Le félin adorait venir se coucher contre sa maîtresse quand elle s’installait sur le canapé. Queenie, elle, avait sa place près de ses pieds. Quant aux deux canidés, il profitaient du grand tapis de poils synthétiques doux et épais glissé sous le sofa et la table basse. Sara pouvait presque entendre Alpha ronfler lorsqu’il releva soudain la tête. Il n’avait pas l’air surpris ni appréhensif, c’était plutôt comme s’il avait capté un bruit familier.

Très bientôt, Sara compris ce qui l’avait fait réagir : la voix d’Elena s’éleva dans son dos. Elle se retourna pour poser son regard sur elle, à l’instar des quatre boules de poils. Alors qu’Elena exprimait la raison de sa présence, la propriétaire des lieux sentit son cœur s’emballer. Elle ne savait plus quoi penser. Devait-elle être heureuse de voir que sa nièce se sentait enfin prête à franchir un cap ? Ou effrayée à l’idée que les réponses qu’elle lui apporterait ne lui plaisent pas, au point qu’elle regretterait de les avoir entendues ? Reprends-toi. Tu n’as pas le choix. Tu lui dois ces explications. Elle est capable de les entendre. Alors, tout en essayant de dissimuler le tremblement dans sa voix, Sara acquiesça. « Tu veux bien venir t’installer près de moi ? » Sans attendre, elle fit descendre Shadow et se remit en position assise sur le canapé, afin de laisser de la place à Elena. Lorsque sa nièce fut à ses côtés, elle enchaîna. « Je t’écoute. Pose-moi toutes les questions que tu veux. Je ne te cacherai rien, c'est une promesse. » Elena allait enfin connaître la vérité. Et d’un autre point de vue, Sara allait enfin connaître les mensonges. Que lui avait dit sa mère pour justifier l’éloignement si brutal qu’elle avait imposé à Elena vis-à-vis de son père et de sa tante ? A ce stade de la conversation, Sara n’espérait qu’une chose : qu’Elena soit sincèrement prête à faire face à toute l’histoire de sa famille…


and you will rise from the ashes

sometimes our lives have to be completely shaken up, changed et rearranged to relocate us to the place we're meant to be. sign by anaëlle.
Les Quatre Fantastiques:
 
Revenir en haut Aller en bas
Elena ManzoniLa jeunesse dorée et éclatante
avatar
Voir le profil de l'utilisateur http://ciao-vecchio.forumactif.com/t1790-jirai-cracher-sur-vos-t http://ciao-vecchio.forumactif.com/t1920-the-sound-of-silence-elena
ID : .uninvited, jess’.
Faceclaim : n. dyer @freesia (ava) & @perséphone (signa).
Multi-comptes : tullia romanelli (a. bergès-frisbey).
Messages : 156 - Points : 430
Âge : à peine dix-huit rêves sacrifiés.
Métier : étudiante en droit.
Sujet: Re: this is bruised. (sara) ( le Sam 17 Fév - 13:33 )
this is bruised, this is meSARA & ELENA


Elena avait presque oublié l’anniversaire de son père, cette année. Presque. Il avait fallu qu’elle jette un coup d’œil à son calendrier pour remarquer la date. La date qui marquait la naissance de son père. Elle avait alors avalé sa salive et cette pensée ne l’avait pas quittée de la journée. Elle avait été hantée par son image, par le son de sa voix qui la poursuivait. C’était comme si son regard l’avait fixée, des heures durant, juste pour lui rappeler qu’il était là. Qu’il était encore là. Et maintenant, la brunette ressentait cette lourdeur dans son estomac et sa poitrine – une sensation très désagréable qui lui pesait et lui laissait un goût de vomis dans la bouche. Pourquoi tout n’était pas plus simple ? Pourquoi sa famille ressemblait-elle à une de ces familles qu’elle pouvait voir à la télévision dans des séries idiotes pour adolescents ? Elena ne savait pas ce qu’elle aurait été capable de donner pour avoir une famille sans histoire, une famille unie et simple. Elena donnerait beaucoup pour simplement revenir en arrière quand elle n’était encore qu’une enfant avec un sourire insouciant aux lèvres et des rires pleins la gorge. Mais la jeune fille avait grandi. La jeune fille avait perdu quelques rêves de fillette en cours de route. La vie avait fait que tout n’était plus si rose dans son château de petite princesse. Alors, installée précautionneusement aux côtés de sa tante, Elena serra les dents comme pour mettre la souffrance en sourdine l’espace de quelques instants. Elle était contente que Sara ne refuse pas de répondre à ses questions. Elena avait eu peur de se retrouver face à un mur – ce même mur auquel s’était confrontée Sara depuis qu’elle était arrivée à Naples. « Je… je ne sais pas vraiment par quoi commencer, elle hésita un peu idiotement. »

Après tout, comment Elena était-elle censée commencer cette conversation difficile ? Alors que les larmes lui nouaient déjà la gorge. Alors qu’elle n’était même pas certaine de vouloir entendre les réponses qu’elle attendait pourtant si désespérément depuis qu’elle avait compris qu’on n’avait fait que lui mentir depuis des années. La brunette soupira, lança un regard à sa tante comme un appel à l’aide. Elle ne voulait pas poser les questions – elle aurait voulu que Sara les devine et lui réponde sans qu’elle n’ait à ouvrir une seule fois la bouche. « Pourquoi est-ce que tu es partie ? Tu nous as abandonnés, elle lâcha. Tu ne nous aimais plus ? » Sa mère avait tellement répété de fois que Sara était une mauvaise personne que Elena avait commencé à la croire. Elena l’avait crue, parce que c’était Mamma et que Mamma ne pouvait pas mentir à sa fille. Jamais. Mais sa tante était là, elle. Et sa mère n’était plus. « Est-ce que c’est vraiment de ta faute, tout ça ? » Tout ça, quoi ? Sa vie en bazar, sa famille éclatée. Sa mère décédée et son père enfermé. Elena ne savait plus à qui se fier ou quoi croire. Restait la voix de sa mère qui l’avait arrachée à tout ce qu’elle connaissait. « Qu’est-ce qu’il s’est passé, Tata ? Je ne comprends rien… » La brunette tenta d’étouffer un sanglot et enfonça ses ongles dans la paume de ses mains. C’était le seul moyen qu’elle avait trouvé pour ne plus éclater en sanglots, pour ne plus hurler jusqu’à s’époumoner. C’était la seule façon qu’elle avait pour ne pas laisser la souffrance creuser un peu plus au fond de son être. Elena n’en pouvait plus des mensonges, des silences. Des questions sans réponse. Mais tous ces secrets, si lourds, l’effrayaient. Était-elle seulement prête à les entendre alors qu’il était parfois si doux, si rassurant de se bercer d’illusions ?




te parler du bon temps qu’est mort et je m’en fous, te dire que les méchants c’est pas nous, que si moi je suis barge ce n’est que de tes yeux car ils ont l’avantage d’être deux.
Revenir en haut Aller en bas
Sara ManzoniLe vin est un puissant lubrifiant social
avatar
Voir le profil de l'utilisateur http://ciao-vecchio.forumactif.com/t1752-sara-o-all-that-you-can http://ciao-vecchio.forumactif.com/t1763-sara-o-all-that-you-can-t-leave-behind
ID : illy, liz.
Faceclaim : s. bush (schizophrenic)
Messages : 167 - Points : 161

Âge : trente-quatre ans.
Métier : propriétaire et gérante du refuge pour animaux de la ville (un'altra chance) et agent immobilier indépendant.
Sujet: Re: this is bruised. (sara) ( le Sam 24 Fév - 13:05 )
Elles avaient besoin de se parler depuis si longtemps sans qu’aucune des deux n’en ait trouvé le courage. Elena ressentait bien trop de colère et de rancœur pour être capable d’entendre la vraie histoire de sa famille. Quant à Sara, elle avait eu bien trop peur de la brusquer : sa nièce avait tout d’abord besoin d’encaisser le brusque décès de sa mère. Ce n’était jamais facile pour un enfant de perdre ses parents, quel que soit son âge, mais Elena venait à peine de sortir de l’adolescence. A ce moment là d’une vie, de manière générale, on avait encore besoin de pouvoir compter sur celle qui nous avait mis au monde. De son soutien. De ses conseils. Sara ne remplacerait jamais Rose, bien évidemment, mais aujourd’hui Elena devait comprendre qu’elle était là pour elle, pour endosser ne serait-ce qu’une partie de ce rôle et l’accompagner au quotidien. Et tout ça commençait par une explication nécessaire, une mise à plat de tout ce qui avait pu se passer, même avant la naissance d’Elena. Afin de pouvoir repartir sur de bonnes bases, il ne devait plus rester aucun secret. D’ici quelques minutes, Sara briserait sans doute l’image que sa nièce avait de ses parents. Elle en avait d’ores et déjà le cœur serré d’émotion. Cependant, il n’y avait aucune autre alternative. Elle avait promis de répondre à la moindre de ses questions, et comptait bien respecter cette promesse. L’important était de se souvenir que quoi qu’il se passe, il suffirait d’un peu de temps pour qu’Elena réalise et accepte ce sombre passé. Ensuite, elle n’en serait que plus forte, pour une simple et bonne raison : il ne resterait plus aucune part d’ombre quant à son histoire. On disait communément « Il n’y a que la vérité qui blesse. » Aux yeux de Sara pourtant, il existait autre chose, qui pouvait blesser bien davantage que la vérité : le silence… Et ce soir, elle le briserait enfin.

Elle plongea son regard dans celui de sa nièce. Elle semblait perdue et avoua ne pas savoir par où commencer. Sara la comprenait tellement. Elle était en train de se demander si la meilleure solution ne serait pas de tout raconter elle-même depuis le début, lorsque la voix d’Elena se fit à nouveau entendre. Ses deux premières questions eurent l’effet d’un coup de poignard en pleine poitrine. Sara n’était pas partie, c’est Rose qui avait déménagé et emmené Elena avec elle. Qu’avait-elle bien pu raconter à sa fille ? Que c’était Sara qui s’était éloignée ? Qui ne voulait plus les voir ? Visiblement, comme le tendait à prouver la question suivante d’Elena, le tissu de mensonges de Rose allait beaucoup plus loin que ça. Quel acte irréparable lui avait-elle mis sur le dos pour qu’Elena pense que tout ça était de sa faute ? Certainement pas ce qui avait réellement eu lieu. Sara et Rose n’avaient jamais été très proches, même avant que tout ne bascule, mais elles se côtoyaient très souvent. S’appréciaient, même. La brunette avait appris à connaître sa belle-sœur. Et elle savait une chose : jamais elle n’aurait dit la vérité là-dessus à Elena. Car autrement, elle aurait été dans l’obligation d’expliquer tout le reste. Et comment pouvait-on annoncer à sa propre fille que sa famille était complètement pourrie jusqu’à la moelle, sa mère incluse ?

« Je crois que le plus simple serait que je te raconte tout depuis le début, » finit-elle par décider. « Et si tu as une question, à n’importe quel moment, tu n’hésites pas. » A cet instant, Shadow sauta de nouveau sur le canapé et se coucha sur Elena, ronronnements à l’appui. Sara côtoyait les animaux depuis bien assez longtemps pour savoir qu’ils étaient sensibles aux émotions de leurs comparses humains. Et Shadow plus que les autres. C’était une crème. Il avait senti que sa nouvelle amie avait besoin de soutien et avait décidé de l’aider dans cette dure épreuve qui l’attendait. Après un petit sourire touché pour son chat, Sara reprit son sérieux et commença son récit. Il était temps d’entrer dans le vif du sujet. Elle avait autant besoin de partager ce lourd fardeau qu’Elena avait besoin de le recevoir enfin. « Comme tu le sais, ton grand-père était originaire d’ici, de Naples. Et tes grands-parents se sont finalement installés à New York pour créer l’entreprise de transport dans laquelle ton père et moi avons ensuite travaillé. C’est ton grand-père qui a tout appris à ton père, alors que moi, j’ai décidé de passer par les chemins de l’université. Ici-même, d’ailleurs. Et puis tes grands-parents ont eu un accident de la route et c’est ton père qui a repris les rênes de la société. Tout se passait bien… » Elle se stoppa un instant et soupira. Elle avait la gorge serrée, appréhendant la réaction d’Elena. « Jusqu’au jour où j’ai découvert qu’Enzo… »

Il fallait qu’elle aille droit au but. Elle n’informerait sa nièce de tous les détails que si elle-même les demandait. Ça n’avait que peu d’importance, de toute manière. « Ton grand-père était lié à la Camorra. La mafia de Naples. Son emménagement aux USA n’était pas un hasard. Pour faire simple, les containers qui partaient de New York et qui devaient arriver au port de cette ville ne transportaient pas uniquement des marchandises déclarées. Ni même légales. » Sara fit une courte pause, laissant quelques secondes à sa nièce pour encaisser. « Et… ton père a été formé pour suivre la même voie. Il était supposé prendre la suite. Et c’est la raison pour laquelle ton grand-père m’a mise à la tête de mon propre département, bien éloignée des échanges avec l’Italie : pour que je ne sache rien. Mais j’ai quand même fini par avoir quelques doutes. Et en fouillant un peu, j’ai compris. Alors, j’ai confronté mon frère. » Les yeux remplis de larmes, Sara avoua. « J’ai essayé, Elena. Je te promets que j’ai essayé de lui faire entendre raison, mais il n’a rien voulu savoir. Il n’avait aucunement l’intention d’arrêter, il était trop attaché à tout l’argent, à tous les privilèges que cela lui apportait d’être en cheville avec la Camorra. Et moi… Je ne pouvais pas le supporter. Je ne pouvais pas simplement partir en sachant qu’il faisait passer des armes, de la drogue et que sais-je encore ici. En sachant qu’indirectement, il avait des morts sur la conscience… Et je pensais à toi. Comment aurais-je pu te laisser grandir au milieu de tout ça ? » Le moment était enfin arrivé d’avouer le plus dur à Elena. « Ton père est en prison aujourd’hui parce que... parce que c’est moi qui l’ai dénoncé. J’ai rassemblé des preuves, je suis allée à la police et je l’ai fait mettre derrière les barreaux. C’était… C’était le seul moyen. » Elle se stoppa et essuya ses joues mouillées. Elle s’était jurée de ne pas craquer devant sa nièce, de rester forte. Seulement, elle avait l’impression de revivre une seconde fois la période la plus difficile de toute son existence. Et cela faisait naître en elle une douleur aussi vive qu’insupportable.


and you will rise from the ashes

sometimes our lives have to be completely shaken up, changed et rearranged to relocate us to the place we're meant to be. sign by anaëlle.
Les Quatre Fantastiques:
 
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé
Sujet: Re: this is bruised. (sara) ( le )
Revenir en haut Aller en bas
 
- this is bruised. (sara) -
CIAO VECCHIO :: Naples, Italie :: Bord de la Tyrrhénienne :: Posillipo :: Résidences
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 

CIAO VECCHIO :: Naples, Italie :: Bord de la Tyrrhénienne :: Posillipo :: Résidences